Bruno Debon : un regard différent sur le monde paysan

Bruno Debon : un regard différent sur le monde paysan

Viticulteur et agriculteur bio, Bruno Debon est à la tête d’un domaine de seulement 2 hectares dans le Var, à Chateaudouble plus précisément : le domaine des Terres des nus. Photographe de formation, il a un regard assez inédit sur le métier de viticulteur : loin de céder aux sirènes de la production croissante, il préfère alterner les cultures. C’est ainsi qu’il tient à prouver que l‘on peut parfaitement y arriver tout en restant petit.

Le domaine Terre des nus : grandir à son rythme

Si Bruno Debon a toujours voulu avoir ses propres vignes, il n’a pas cédé à la tentation d’investir des sommes astronomiques pour s’offrir son domaine. Dans un premier temps, il a préféré louer des parcelles et apporter sa production en coopérative.

Il y va pas à pas, Bruno Debon : il écoute les conseils, voit comment peuvent s’organiser les choses. Il cherche à produire un vin très personnel, bio et sans intrants, tout en restant une petite exploitation. Est-ce donc son activité annexe de photographe qui a aiguisé son sens de l’observation ? Probablement. Mais il faut bien reconnaître que cela a porté ses fruits : aujourd’hui, ce sont cinq cépages qui composent le domaine Terre des nus, bientôt six. De quoi lui donner des ingrédients parfaits pour créer des vins à son image.

Api en est une parfaite représentation. Ce rouge pur grenache a connu une macération courte et en grappes entières. Cela a permis d’apporter une légère astringence, mais également de la structure au vin.

Les pommes et le vin pour un seul domaine

En 2010, il a donc choisi d’acheter un hectare supplémentaire et y a planté des pommiers. Là encore, les circuits sont courts et il choisit une culture biologique. Et les pommes bio, ça ne court pas les vergers quand on sait que ces fruits détiennent en agriculture traditionnelle un record en matière de traitement chimique (une moyenne de 36 traitements…ça fait rêver, hein).  Il vendra donc ses pommes sur les marchés ou en AMAP.

C’est donc cela la clé de son succès, il alterne deux activités : les pommes et le vin. Si une culture connaît le gel une année, il pourra alors des rattraper sur l’autre culture. L’inverse est également possible : si le verger connaît des problèmes de floraison (comme c’est arrivé cette année), il pourra alors compter sur sa production viticole.

Nos coups de cœur sur de jolies bouteilles

À l’épicerie Simple, il nous reste encore quelques bouteilles de « Parlez-moi d’Amour », le petit blanc frais et fruité qui vient des parcelles de macabeu que Bruno a achetées dans les Pyrénées-Orientales. Le travail très particulier qu’il a opéré avec son ami Cyril Fahl du Clos du Rouge Gorge sur ces vignes confère cette fraîcheur assez unique et une belle minéralité.

« Palabre » est quant à lui un rouge qui porte sur le fruit noir ; le mélange syrah et grenache noir en font un vin tout en rondeur ; à laisser décanter pour qu’il puisse exprimer toute sa puissance.

Et bien sûr “Api rouge” 2017 reste toujours une expression magnifique de ce terroir dracénois qui fait honneur à toute la Provence quand elle produit des vins d’une telle profondeur et d’une belle complexité, sans chichi…

Jeanne-Marie Lavallée

(c) photos Bruno Debon